Canicule au travail : ce que votre employeur doit faire

Canicule : ce que votre employeur doit faire, et ce que vous pouvez exiger
Au cours de l’été 2026, les huit départements d'Île-de-France ont été placés en vigilance orange canicule à plusieurs reprises, avec des pointes à 40 °C sur Paris et dans les départements limitrophes, près de dix degrés au-dessus des normales de saison.
Beaucoup de salariés continuent de travailler dans ces conditions en pensant qu'il n'existe aucune règle, et que tout dépend de la bonne volonté de l'entreprise. Ce n'était pas tout à fait vrai auparavant ; ça ne l'est plus du tout depuis 2025.
Un décret du 27 mai 2025 a créé, dans le Code du travail, un ensemble d'obligations précises applicables dès qu'un épisode de chaleur intense est déclaré. Voici ce qu'elles imposent, et ce que vous pouvez faire si elles ne sont pas respectées.
Une réglementation nouvelle, et peu connue
Jusqu'en 2025, la chaleur relevait de l'obligation générale de sécurité : l'employeur devait protéger la santé de ses salariés, sans que rien de précis ne soit imposé. Cette imprécision profitait aux entreprises.
Le décret a introduit dans le Code du travail les articles R. 4463-1 à R. 4463-8, consacrés à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Ils sont applicables depuis l'été 2025, et beaucoup d'employeurs — comme de salariés — ignorent encore leur existence.
Le déclencheur est simple et vérifiable : l'épisode de chaleur intense correspond aux niveaux de vigilance publiés par Météo-France. Il ne s'agit donc pas d'une appréciation subjective. Si votre département est placé en vigilance, les obligations s'appliquent — et vous pouvez le constater vous-même sur la carte publiée chaque jour.
Il n'existe pas de température maximale légale
Disons-le clairement, car c'est la première question posée et la source de nombreuses déceptions : aucun texte ne fixe une température au-delà de laquelle le travail devrait cesser. Ni 30, ni 33, ni 35 degrés.
Des repères existent néanmoins. Les organismes de prévention considèrent qu'une vigilance particulière s'impose au-delà de 30 °C pour un travail sédentaire, et dès 28 °C pour un travail physique. Ce ne sont pas des seuils réglementaires, mais ils servent de référence pour apprécier si l'employeur a pris les mesures qui s'imposaient.
L'absence de seuil ne signifie donc pas absence d'obligation. Elle signifie que la protection s'apprécie au cas par cas, au regard des mesures effectivement prises — et que c'est à l'employeur de démontrer qu'il a mis en œuvre celles que la situation imposait.
Ce que votre employeur doit faire
Évaluer et adapter
Le risque lié à la chaleur doit être évalué, pour le travail en intérieur comme en extérieur, et cette évaluation doit figurer dans le document unique d'évaluation des risques. Sur cette base, l'employeur doit mettre en œuvre des mesures de prévention proportionnées à l'intensité de l'épisode.
Les mesures attendues
— L'aménagement des horaires : décaler la journée, avancer la prise de poste, éviter les heures les plus chaudes ;
— la modification de l'organisation du travail : réduire les tâches les plus exposées, alterner les postes, augmenter la fréquence et la durée des pauses ;
— des solutions techniques : ombrage, ventilation, isolation, climatisation des locaux ou des cabines ;
— des équipements adaptés au travail par forte chaleur ;
— l'information et la formation des salariés sur les risques et les signes d'alerte.
L'eau, qui n'est pas une faveur
De l'eau potable et fraîche doit être mise à disposition en quantité suffisante, à proximité des postes de travail. Sur les chantiers du bâtiment, la règle est plus précise encore : l'employeur doit mettre à disposition au moins trois litres d'eau par jour et par travailleur.
Les salariés vulnérables
Les mesures doivent être adaptées à la situation des travailleurs vulnérables en raison de leur âge ou de leur état de santé, grossesse, pathologie chronique, traitement médicamenteux. Si vous êtes dans cette situation, signalez-le, si possible via le médecin du travail.
Un protocole d'alerte
L'employeur doit avoir prévu les modalités de signalement d'un salarié en difficulté et d'intervention des secours. En pratique, cela signifie que chacun doit savoir qui prévenir et comment. L'absence de tout protocole est un manquement caractérisé.
Le cas particulier du bâtiment et des travaux publics
C'est le secteur le plus exposé, et il bénéficie depuis 2024 d'un dispositif spécifique que beaucoup de salariés ignorent.
La canicule est désormais prise en charge par le régime de chômage intempéries du BTP. Concrètement, lorsque le département est placé en vigilance orange ou rouge canicule entre le 1ᵉʳ juin et le 15 septembre, ou lorsqu'un arrêté préfectoral suspend les travaux, l'arrêt du chantier peut être indemnisé au titre des intempéries.
La conséquence est importante : votre employeur n'a pas à choisir entre votre sécurité et la perte d'une journée de production, puisqu'un mécanisme d'indemnisation existe.
Vous vous sentez mal : que faire
Les signes d'alerte doivent être connus : maux de tête, nausées, vertiges, crampes, confusion, arrêt de la transpiration, fatigue brutale. Le coup de chaleur est une urgence vitale.
Signalez immédiatement, à votre responsable et à un collègue. Ne restez pas seul.
Faites constater. Un passage aux urgences, chez le médecin traitant ou au service de santé au travail établit à la fois votre état et sa date.
Déclarez un accident du travail. Un malaise survenu sur le lieu et pendant le temps de travail est présumé être un accident du travail — y compris lorsqu'il résulte de la chaleur. Cette déclaration ouvre une prise en charge à 100 % et, surtout, elle laisse une trace officielle.
Écrivez. Un courriel adressé le soir même à votre employeur, décrivant les conditions de travail et le malaise, vaut infiniment mieux qu'un souvenir.
Le droit de retrait, à manier avec précaution
Vous pouvez vous retirer d'une situation dont vous avez un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour votre vie ou votre santé. La chaleur peut caractériser un tel danger, mais rarement du seul fait qu'il fait chaud.
Ce qui rend le retrait défendable, c'est la conjonction d'éléments : une température très élevée, un travail physique ou en extérieur, l'absence d'eau, l'absence de pause, l'absence d'ombre, un état de santé particulier, ou un malaise déjà survenu.
Trois réflexes. Alertez avant de vous retirer, ou au moment où vous le faites, et si possible par écrit. Décrivez précisément la situation. Ne mettez personne d'autre en danger par votre départ.
Vous n'êtes pas obligé d'agir seul
Les représentants du personnel. Un membre du comité social et économique qui constate un danger grave et imminent dispose d'un droit d'alerte : l'employeur doit alors mener une enquête sans délai.
L'inspection du travail. Elle peut se déplacer, mettre l'employeur en demeure et, en cas de danger, ordonner l'arrêt temporaire des travaux. Vous pouvez la saisir directement, et votre signalement peut rester confidentiel.
Le service de santé au travail. Le médecin du travail peut proposer des aménagements de poste que l'employeur ne peut écarter sans motif.
Si l'on vous sanctionne pour avoir alerté
Aucune sanction ne peut vous être infligée pour avoir signalé un danger, exercé légitimement votre droit de retrait, saisi l'inspection du travail ou alerté vos représentants. Une sanction ou un licenciement prononcé dans ces circonstances est nul : l'indemnisation part de six mois de salaire, sans plafond, et la réintégration peut être demandée.
La chronologie fait ici l'essentiel de la démonstration. Un signalement écrit le mardi et une convocation le vendredi se passent de commentaire.
L'accident du travail et la faute inexcusable
Si un malaise ou un accident survient et que votre employeur avait conscience du danger sans prendre les mesures nécessaires, sa faute inexcusable peut être reconnue : majoration de la rente ou du capital, et réparation complémentaire des préjudices.
Conservez tout, y compris les captures d'écran des cartes de vigilance publiées les jours concernés.
Trois questions que l'on nous pose souvent
Mon employeur refuse d'aménager les horaires. Puis-je partir plus tôt ?
Non, pas de votre propre initiative : l'organisation du travail relève de son pouvoir de direction. Demandez l'aménagement par écrit, alertez vos représentants, et n'envisagez le droit de retrait que si les conditions en sont réellement réunies.
Je travaille dans un local sans climatisation ni fenêtre
Indépendamment de la canicule, les locaux de travail doivent être aérés et l'air renouvelé. L'absence de toute ventilation dans un local fermé, pendant un épisode de chaleur intense, est un manquement sérieux.
Y a-t-il des règles particulières pour le télétravail ?
L'obligation de sécurité s'applique aussi au télétravail, mais elle s'exerce autrement : information, adaptation de la charge, souplesse horaire. La CNIL rappelle par ailleurs que la surveillance constante d'un salarié à domicile est excessive.
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Sources
— Articles R. 4463-1 à R. 4463-8 du Code du travail
— Vigilance météorologique — Météo-France
— Prise en charge du risque canicule par le régime de chômage intempéries — CIBTP Île-de-France
— Contrôle de l'activité des personnes employées — CNIL
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation est particulière et doit être examinée individuellement.
Mise à jour : août 2026.




